La carte d'empathie est un outil visuel qui organise en quadrants ce qu'un utilisateur dit, pense, fait et ressent par rapport à un problème, afin qu'une équipe puisse construire une compréhension partagée avant de concevoir une solution. Elle sert à consigner les preuves recueillies lors d'entretiens ou d'observations, au lieu de baser les décisions de conception sur des suppositions.
La carte d'empathie se dessine comme un cercle divisé en quadrants, avec le nom ou la photo de l'utilisateur au centre. Contrairement à un archétype d'utilisateur, qui résume un profil complet avec des objectifs et des frustrations, la carte d'empathie se concentre sur un moment ou un contexte spécifique : comment cette personne vit le problème que l'équipe essaie de résoudre.
Dans nos ateliers, nous l'utilisons comme un pont entre la recherche et la génération d'idées : elle est complétée juste après les entretiens et avant le brainstorming, pour nous assurer que l'équipe conçoit à partir de preuves et non de sa propre intuition.
La version classique comporte quatre quadrants principaux, plus deux bandes supplémentaires :
- Dit : phrases textuelles que l'utilisateur a exprimées lors d'un entretien ou d'une conversation, entre guillemets et sans paraphraser.
- Pense : croyances, préoccupations ou attentes que l'utilisateur n'a pas nécessairement verbalisées, mais qui sont inférées de son ton, de ses pauses ou du contexte.
- Fait : actions observables, telles que les étapes qu'il suit pour résoudre le problème aujourd'hui, y compris les raccourcis ou les solutions improvisées.
- Ressent : émotions associées à l'expérience, de la frustration au soulagement, qui expliquent souvent pourquoi il prend certaines décisions.
- Douleurs : obstacles, risques ou peurs qui l'empêchent d'atteindre ce dont il a besoin.
- Gains : résultats, avantages ou désirs que l'utilisateur cherche à obtenir.
Remplir les six champs avec les mêmes preuves oblige l'équipe à croiser les informations : une phrase du quadrant "Dit" devrait pouvoir être expliquée ou contredite par quelque chose du quadrant "Fait", ce qui révèle des tensions intéressantes pour la conception.
La carte d'empathie ne se remplit pas de mémoire ni par consensus de l'équipe : elle se complète avec des preuves recueillies directement auprès des utilisateurs. Les sources les plus courantes dans nos projets sont :
- Entretiens approfondis, la source principale, notamment pour les quadrants "Dit" et "Pense".
- Observation sur le terrain, essentielle pour le quadrant "Fait", car elle montre des comportements que la personne ne rapporte pas toujours avec précision lors d'un entretien.
- Enregistrements ou notes de terrain, qui permettent de citer des phrases textuelles sans les déformer des semaines plus tard.
- Registres de support ou de réclamations, utiles pour les quadrants des douleurs lorsqu'il existe déjà une relation commerciale avec l'utilisateur.
Si l'équipe ne dispose pas de preuves récentes, il est préférable de programmer une brève série d'entretiens avant la session, plutôt que de compléter la carte avec des suppositions déguisées en découvertes.
Dans les projets e-commerce, par exemple, nous avons constaté que le quadrant "Fait" révèle des raccourcis comme la comparaison de prix dans un autre onglet du navigateur pendant le processus de paiement, un comportement qui apparaît rarement si l'on se contente de demander "comment achetez-vous en ligne ?" lors d'un entretien. Croiser cette observation avec le quadrant "Ressent" (anxiété de payer trop cher) aide l'équipe à prioriser des améliorations concrètes, au lieu de discuter en abstrait de "l'amélioration de l'expérience d'achat".
Une séquence qui fonctionne pour nous avec des équipes de 3 à 6 personnes, lors de sessions de 45 à 60 minutes :
- Dessiner le cercle avec les six champs sur un grand tableau de papier, avec suffisamment d'espace pour les post-its.
- Revoir ensemble les notes des entretiens ou des observations récentes, avant de commencer à écrire sur la carte.
- Chaque participant écrit des découvertes sur des post-its individuels, une idée par post-it, et les place dans le quadrant correspondant.
- Regrouper les post-its similaires et écarter ceux qui sont des opinions de l'équipe plutôt que des preuves de l'utilisateur.
- Terminer en identifiant deux à trois tensions ou contradictions entre les quadrants, qui sont souvent le point de départ pour générer des idées.
Un détail qui fait la différence : demander aux participants de citer la source de chaque post-it (par exemple, "entretien 3, minute 12") aide à distinguer l'observation réelle de l'interprétation personnelle.
- La remplir sans preuves réelles. C'est l'erreur la plus courante : l'équipe écrit ce qu'elle pense que l'utilisateur dirait, au lieu de ce qu'il a réellement dit ou fait.
- Mélanger plusieurs profils d'utilisateurs dans une seule carte. S'il existe des segments avec des besoins distincts, il est préférable de créer une carte pour chacun.
- Confondre le quadrant "Pense" avec le quadrant "Dit". Ce que la personne dit à voix haute ne correspond pas toujours à ce qu'elle pense ou craint réellement.
- Laisser la carte de côté sans l'utiliser. La carte d'empathie doit être directement liée à l'étape suivante, qu'il s'agisse de la définition du défi de conception ou de la génération d'idées.
Il est courant de confondre la carte d'empathie avec un archétype d'utilisateur ou un buyer persona. La principale différence réside dans le niveau de synthèse et le moment où ils sont utilisés : la carte d'empathie est un outil d'analyse intermédiaire, qui organise les preuves brutes peu après leur collecte, tandis que l'archétype et le buyer persona sont des profils déjà consolidés, conçus pour communiquer les découvertes de manière plus permanente au reste de l'organisation.
Une pratique que nous utilisons dans nos ateliers est de compléter d'abord une ou plusieurs cartes d'empathie avec les preuves des entretiens, puis de les utiliser comme base directe pour construire l'archétype ou le buyer persona, au lieu de sauter cette étape intermédiaire.
Si vous souhaitez voir des exemples de ces exercices appliqués lors d'ateliers réels, vous pouvez vous abonner à la chaîne YouTube de FREED.